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mercredi 15 octobre 2014

Le fils

Le fils
Lois Lowry
Editions L'école des Loisirs  
Les pêcheurs l’ont surnommée Claire de l’eau. Quand ils l’ont arrachée aux flots et ramenée au village, la jeune naufragée ne se souvenait de rien, sauf de son prénom. 
Personne ne sait qu’elle a grandi dans la communauté, une société où les couleurs n’existent pas et où les émotions sont interdites. Personne ne peut imaginer qu’elle a été programmée pour être mère porteuse, qu’elle a été inséminée à l’âge de quatorze ans, qu’elle a eu un fils, qu’on le lui a arraché. 
Depuis, Claire n’a plus jamais été la même, obsédée par cet enfant qu’elle a tenu une seule fois dans ses bras, hantée par ses boucles blondes et ses yeux clairs. Elle fera tout pour retrouver son fils, jusqu’à accepter un terrible sacrifice…

Le passeur a été un de mes énormes coup de coeur il y a quelques années. Mais la fin m'avait semblé abrupte et relativement frustrante. Je n'arrivais pas à me décider à lire L'élue puisque les commentaires précisaient que ce n'était pas à proprement parlé une suite. Avec Le fils, je viens enfin de mettre fin à ces années de frustration silencieuse. Par ce dernier volet de cette quadrilogie (Le Passeur - L'élue - Messager - Le fils), l'auteur répond à toutes les questions sur les personnages, que la conclusion du Passeur avait laissé en suspens, en suivant le bébé vu dans Le Passeur. Le roman est divisé en trois parties : avant, entre deux et au-delà. J'ai adoré la première partie du livre où on découvre Claire, un "réceptacle", une femme réduite à sa fonction de "pondeuse" de produit, malgré un rythme assez lent. Les questions de Claire et son amour maternel non approprié à la société dans laquelle elle vit sont si poignants, que je ne pouvais m’empêcher de vibrer et d'être en empathie totale avec elle. La seconde partie est agréable, elle permet de découvrir d'autres personnages et de voir Claire évoluer mais n'est bizarrement pas indispensable. 
 Je suis toutefois moins convaincue par les choix de l'auteur concernant la personnification du mal dans la dernier partie. J'ai eu l'impression d'avoir raté quelque chose, je trouve que cet élément fantastique ne colle pas avec le reste de l'univers de la série. D'une dystopie subtile on a l'impression de passer à une fable à la morale stéréotypée (l'amour triomphera toujours du mal). Le lecteur peut également être déçu de n'avoir finalement pas le fin mot de l'histoire : pourquoi cette civilisation futuriste a véritablement commencée et concrètement comment cette société pouvait fonctionner . 
En bref, vous devez obligatoirement lire ce volume si vous avez aimé Le passeur, par contre n'attendez pas le même coup de coeur avec Le fils.

A noter, l'adaptation du roman Le Passeur sortira au cinéma le 29 octobre ! 
 

Extrait

La jeune fille eut un mouvement de recul quand ils lui posèrent le masque en cuir sur les yeux. Cela lui paraissait grotesque et inutile mais elle ne protesta pas. C'était la procédure. Elle le savait. Une autre réceptacle le lui avait raconté un mois plus tôt, à l'heure du déjeuner.
- Un masque ? avait-elle demandé, étonnée, presque amusée par l'image étrange. À quoi ça sert ?
- En fait, ce n'est pas vraiment un masque, s'était reprise la jeune femme assise à sa gauche en engouffrant une bouchée de salade. C'est un bandeau.
Elle chuchotait. Les jeunes fuies n'étaient pas censées discuter de ce genre de choses.
- Un bandeau ? s'était-elle exclamée, avant d'éclater de rire. Dis donc, j'ai beaucoup de conversation aujourd'hui, je passe mon temps à répéter ce que tu dis. Mais enfin, pourquoi un bandeau ?
- Ils ne veulent pas que tu voies le produit sortir de ton ventre, répondit la fille en pointant son propre abdomen distendu. Quand tu accouches.
- Tu as déjà produit, non ?
- Deux fois, acquiesça la fille.
- C'est comment ?
La question était un peu idiote, elle s'en rendait compte elle-même. Elles avaient suivi des cours, étudié des schémas, reçu des instructions. Pourtant, ce n'était pas la même chose que d'en entendre parler par quelqu'un qui avait vécu l'expérience. Et puisqu'elles avaient déjà enfreint le règlement en abordant le sujet, autant poser directement la question.
- C'est plus facile la deuxième fois. Ça fait moins mal. Comme elle restait silencieuse, l'autre fille reprit d'un air interloqué :
- Personne ne t'a dit que ça faisait mal ?
- Ils ont parlé de «gêne».
L'autre fille émit un petit rire sarcastique.
- Très bien, s'ils veulent appeler ça comme ça. Il n'y a pas autant de «gêne» la seconde fois. Et ça va plus vite.
«RÉCEPTACLES ? RÉCEPTACLES !» La voix de la matrone, dans le haut-parleur, était sévère. «SURVEILLEZ VOS CONVERSATIONS, S'IL VOUS PLAÎT ! VOUS CONNAISSEZ LES RÈGLES !»
Les deux jeunes filles se turent aussitôt, prenant conscience que leur discussion avait été retransmise par les micros logés dans les murs du réfectoire. D'autres filles se mirent à glousser. Elles avaient dû enfreindre le règlement, elles aussi. Il y avait si peu de sujets de conversation. Ce processus - leur travail, leur mission - était la seule chose qu'elles avaient en commun. Toutefois, après le sévère rappel à l'ordre, on parla d'autre chose.

jeudi 12 juin 2014

La drôle d'idée de mon papa

La drôle d'idée de mon papa
Rémi Chaurand
Alexandra Huard
Editions Nathan
Thelonious n’a pas très envie d’aller à l’école. Et que lui répond son papa ? « C’est d’accord, on n’y va pas ! »


C’est peut-être la journée rêvée pour un enfant. Thelonious n'a pas envie d'aller en classe et son père accepte de lui faire rater l’école. Le matin, il l’amène au zoo, lui fait traverser un musée au pas de course, et lancer une pièce dans le fleuve pour faire à la fois des ricochets et un vœu. A midi, ils mangent de délicieux sandwichs et des frites. 
 
Puis l’après-midi, ils essaient toutes les paires de baskets du magasin, et s’amusent à s’exercer à différents sports grâce aux articles d’exposition. Un petit tour au parc, et il est l’heure... d’aller rendre visite à la maman et au bébé tout neuf qui sont à la maternité. Et oui, ce n'est pas pour rien que le garçon était un peu chagrin le matin et que son père a décidé de marquer le coup et de lui faire passer une journée inoubliable. Dur, dur pour un grand d'appréhender tous les changements qui accompagnent la naissance d'un nouvel enfant. 
 Cet album doux et agréable met en avant les plaisirs simples de la vie et la complicité entre ce père et son fils. Un papa qui a compris le besoin d’une journée particulière pour le petit garçon, des moments rien qu’à lui, pour l'aider dans ce passage sensible d’enfant unique à grand frère.
Les illustrations, fines et précises, marquées par le réalisme, sont pleines de charme et de belles couleurs d’automne. Le père m'a fait penser au mien ! ou même au papa de mes enfants ! Un look vintage original qui m'a fortement fait sourire dès la couverture. 
Un joli album à offrir à tous les enfants dont les parents vont accueillir un futur petit bonheur. . A découvrir à partir de 4 ans.

vendredi 4 avril 2014

Gipsy Song

 Gipsy Song : Le choix de Kenzie
Beth Kephart
La Martinière J Fiction
Après la mort de son père, Kenzie, 18 ans, trouve refuge et réconfort auprès de son meilleur ami. Mais finalement, très vite, elle tombe enceinte de lui. Déterminée à garder le bébé malgré le rejet de cette décision par son petit-ami, elle est forcée par sa mère à partir en Espagne où au terme de sa grossesse, le bébé sera adopté.
Dans la chaleur de l'Andalousie, au son d'une guitare de gitan, du chant des oiseaux, des bruits de cuisine, et couvé par le regard du ténébreux palefrenier Esteban, Kenzie va se découvrir elle-même et devoir faire un choix... 

Au coeur du maquis andalou, l'auteur nous offre un portrait sensible, une plongée dans l'intimité de cette jeune fille, trop tôt femme, abandonnée par les siens. Au fil des pages, Kenzie parcourt un chemin initiatique, mine de rien, elle se reconstruit ou peut-être se construit car elle devient une autre. Au ranch, Kenzie sera entourée de nombreuses personnes : Miguel, Estela, Esteban, Angelita, Luis... La jeune fille essaie de s'accrocher à Esteban ou Estela malgré leurs pseudo-indifférences, et le lecteur découvre ces gens d'Andalousie qui nous paraissent sombres, taciturnes mais qui ont un coeur énorme.
Estela, la cuisinière qui apprend à Kenzie son savoir faire, est l'un des protagonistes marquants de ce récit. Petit à petit son histoire nous est dévoilée et le lecteur comprend alors pourquoi la vieille femme se comporte ainsi envers les autres. Sa relation avec Kenzie est très belle, tout d'abord pleine de réticence des deux côtés, elle devient de plus en plus douce pour finir par être quasi maternelle.
Le récit est plein de silences précieux, les personnages se parlent parfois à demi-mots mais justement les dialogues, peu nombreux, sonnent justes. Kenzie, quant à elle, converse régulièrement avec son bébé, ce sont des instants très doux qui nous rendent le personnage encore plus attachant
 L'Espagne est très présente, la chaleur, les couleurs, les odeurs, l'auteur plante son décor et crée une ambiance qui donne le ton et du relief à son récit. Beth Kephart est poète, et cela se sent, sa prose est poétique, délicate, et surtout profondément intimiste. L'auteur ne fait pas dans la facilité, c'est un récit beaucoup plus mûr que le résumé me le laissait penser. Touchant, parfois douloureux, c'est un beau livre, vibrant, qui porte sur les choix, sur la liberté de disposer de son corps, d'être, et de devenir ce que l'on veut. 

A découvrir dès 13/14 ans.

Une très belle chronique chez Clarabel. Il n'y a que ce qui concerne la couverture où je ne la rejoints pas, personnellement je préfère nettement la version française, et j'ai du mal à retrouver l’atmosphère du livre dans l'original. 

Concours pour gagner 3 exemplaires du livre, ICI. 

jeudi 11 octobre 2012

Makala-La légende des beignets au maïs

Makala 
La légende des beignets au maïs
Jessica et Didier REUSS-NLIBA
 Nicolas Lefrançois-Claudine FURLANO
Zoom Editions 
Collection Danse du Ventre
 "Dans leur petite ville camerounaise, Noémie et Mvondo s’aiment comme des tourtereaux. Un beau jour, Noémie tombe enceinte. Son nouvel état provoque chez elle des appétits nouveaux que Mvondo ne réussit à satisfaire qu’en parcourant le pays à la recherche de nouvelles recettes et de leurs ingrédients. C’est pourtant le prix à payer pour avoir un bébé beau et fort... mais aussi une épouse heureuse."

Un album chaleureux et coloré à l'image que l'on se fait du Cameroun. Mvondo, le jeune époux et futur père, nous entraîne dans un voyage à travers le pays.

C'est une fable généreuse et universelle qui raconte les périples d'un futur père qui se met en quatre pour prendre soin de sa femme enceinte.
Je trouve que cette histoire lutte contre les clichés concernant la paternité chez un homme africain.
 
 Le désir d'enfant, les changements du corps et de l'humeur lors de la grossesse, c'est un album précieux, où se reconnaîtront bien des parents, à partager en famille. 

Très joli +, l'album finit par deux recettes celle des galettes de manioc et celle des beignets de maïs.
Un livre à déguster d'abord avec les yeux (avant de mettre la main à la pâte) à partir de 4 ans. 
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