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mercredi 24 janvier 2018

Star Trip

Star Trip
Eric Senabre
Editions Didier Jeunesse
1968, Idaho. Dans sa maison perdue au milieu des champs de  patates, May, 15 ans, s’occupe comme elle peut de son petit  frère, depuis que ses parents sont partis précipitamment en mission. Pour  le distraire de son handicap, elle lui fabrique en secret la navette spatiale  de sa série préférée : Star Trip. Quelle n’est pas alors sa surprise de voir  débarquer chez elle l’acteur principal de la série ! Le capitaine Burke  se révèle très désagréable, mais il joue son rôle à la perfection et le petit  garçon confond fiction et réalité… Sous l’impulsion de l’acteur, commence  un voyage rocambolesque et drôlatique jusque dans l’Utah pour  le lancement de la navette ! L’adolescente rebelle n’est pas dupe. Elle doute  des bonnes intentions du capitaine Burke mais va tout faire pour fuir  cette Amérique rurale profonde qui l’étouffe.


Drôlissime, irrévérencieux et impertinent ! Star Trip est un régal d'humour ! Encore une réussite de la part d'Eric Senabre (décidément nous ne sommes jamais déçus par sa plume !). 
Les petits duels de coqs entre les deux hommes, le jeune amoureux et l'acteur bellâtre, sont savoureux. Les personnages sont attachants, particulièrement le jeune Sam qui vit son aventure pleinement et qui en oublie la réalité, ainsi que sa grande soeur, May, une jeune fille féministe, intelligente, sensible et qui n'a pas sa langue dans sa poche. 
L'auteur a  bien su cerner les jeunes filles de son âge, de fait c'est un personnage très réaliste et finalement actuel. 
Les pages défilent à vive allure, on appréciera chaque rencontre burlesque de ce road trip, l'indien chamanique, les deux vieux totalement dingues, le policier irlandais, et cette fin à la x-files. 
Si ce n'est pas encore fait, jetez-vous dessus ! 

mercredi 11 octobre 2017

Le grand saut, tome 2

Le grand saut, tome 2
Florence Hinckel
Editions Nathan
"Depuis l’accident d’Alex, le groupe des six amis inséparables a volé en éclat. Paul et Iris ne s’adressent plus la parole, Alex s’isole, Marion s’enferre dans une nouvelle relation d’amitié empoisonnée, Rébecca aime Alex qui ne l’aime pas, Iris découvre un nouveau secret perturbant, Paul ne va plus au lycée, et Sam ne se sent nulle part à sa place. Pour couronner le tout, le bac approche avec son lot d’angoisses et de promesses de liberté… Réussiront-ils à recoller les morceaux de cette amitié qui leur donnait des ailes ? Et à trouver, chacun, la force d’affronter obstacles et rêves les plus fous ?"

Florence Hinckel détient la palme (la plume d'or ?) de la frustration du lecteur ! J'avais fini le premier volume dans un état de consternation avancé, et voilà qu'elle me refait le même coup avec le 2 ! Argh ! Dans ce tome, on retrouve avec plaisir nos héros. Vous vous en rappelez ? Alex le beau gosse intelligent et sensible. Paul le blondinet bellâtre qui part en live (oui, je ne suis pas une grande fan de ce perso, j'avoue, c'est celui qui m'agace le plus). Marion, la rêveuse, l'intello, mais la paumée aussi. Rebecca, qui m'agace peut être autant que Paul, la fille superbe à qui tout semble réussir mais qui cache secrètement qui est l'élu de son cœur. Sam, petit, maigre et roux ! Assez obsédé par les filles, il espère rencontrer LE grand amour (et si possible très vite). Harcelé, agressé, il passe une bonne partie du livre à avoir peur qu'on lui tape dessus. Et enfin Iris, ma chouchoute, la naturelle, la spontanée du groupe.

Suite à son accident à la fin du tome 1, Alex est désormais en fauteuil roulant (vous vous rappelez la fin du tome 1 quand il avait refusé de voir Iris ? L'horreur je vous dis pour mon ptit cœur sensible !). On va l'accompagner dans ses hauts (okay pas très hauts et peu nombreux) et ses bas (à la pelle et plutôt vachement bas). Paul est lointain aux yeux du lecteur, autant qu'il l'est avec ses amis, il se drogue, ne va plus en cours, il semble perdre pied et se perd peu à peu lui-même. Il vit malheureusement dans la culpabilité...
Marion n'a pas la vie facile, au milieu des querelles de ses parents divorcés, elle tente de s'occuper de son ptit frère (Tom, j'adore ce gosse) du mieux qu'elle peut. Mais elle, qui s'occupe d'elle ? Délaissée, elle sombre régulièrement dans la mélancolie et les tics envahissent son quotidien. Marion va changer dans ce tome, se faire du mal et toucher le fond. Désormais on ne peut qu'espérer qu'elle rebondisse enfin. Rebecca s'adonne avec passion au théâtre, on ne la voit que peu (tant mieux gniark gniark). Elle est toujours là pour ses amis, mais se montre discrète sur ses envies.
Sam vit dans la crainte de croiser les mauvaises personnes aux mauvais endroits (à savoir ceux où il ne pourra pas leur échapper). Un stratagème va s'imposer à lui pour calmer le harcèlement qu'il subit mais ça ne durera pas. Heureusement la fin du roman est bien plus clémente avec lui. Je suis ravie du choix de l'auteure (bien entendu, je ne vous en dis pas plus) et de ce qu'elle a réservé au lecteur et à Sam (les pages 379 et 380 sont juste parfaites ! merci pour ces deux pages de douceur dans ce monde de brutes). Tout comme Becky Iris n'apparait que peu (snif cette fois). Et à ma plus grande insatisfaction, rien ne bouge ou presque entre elle et Alex. Pour une fois dans ma vie que je veux de la romance dans un roman, y'en a pas (entre ces deux personnages en tous cas) ou presque ! Bon, il y a bien quelques petits passages sympathiques et touchants mais ça ne va pas assez vite à mon goût. Frustrée je vous ai dit !

Le grand saut ne peut laisser indifférent, il vous embarque avec lui, et vous transporte dans cet univers de grands ados en construction. Les thèmes actuels sont bien entendu essentiellement pour la modernité du récit et l'identification des lecteurs. Divorce, secret de famille, amitié, romance, sexualité et première fois, suicide, mutilation, drogue, finalement le panel est très très large. Mais pour moi la force de cette histoire c'est de nous faire vivre les personnages comme rarement. On se les approprie si bien, on les sent vibrer, on en oublierait presque que ce ne sont que des personnes de papier tellement on se sent impliqué !
A nouveau un coup de cœur pour ce second volume et il n'y a plus qu'à attendre mai 2018 pour le troisième tome !

jeudi 12 mars 2015

Le mystère Velazquez

Le mystère Velazquez
Eliacer Cansino
Editions Bayard Jeunesse
Nicolás paraît être né sous une mauvaise étoile. Sa mère meurt en le mettant au monde, et Nicolás est nain, pour la plus grande honte de son père, qui le vend à la cour d'Espagne. Il n'a que sept ans quand il arrive à Madrid, seul, malheureux et vulnérable. Mais Nicolás ignore qu'il va devenir un personnage respecté de la cour et le confident de l'immense peintre Diego Velázquez... Un roman émouvant et fascinant qui redonne vie à chacun des personnages du tableau le plus célèbre de Velázquez.

Dans Le mystère Velazquez le lecteur se trouve bien au sein d'un roman historique (la majorité des personnages ont réellement existé) et le style de l'auteur, très fluide, le happe de suite et l'entraîne à sa suite. J'étais un peu inquiète car ce que j'avais lu sur la présence de nains à la cour me faisait redouter des scènes peu agréables. Heureusement, il n'en est rien. Le récit est raconté par la voix de Nicolas lui-même. C'est un jeune garçon rejeté par son père de part son handicap mais également parce que sa naissance fut le synonyme du décès de sa mère. Nicolas se retrouve enfant à la cour d'Espagne où il va arriver à se faire une place de choix grâce à ses relations mais surtout en conséquence de sa très vive intelligence et de sa mémoire exceptionnelle. 
Ayant charmé par son éloquence les plus grands, il va se retrouver au service de l'illustre peintre Velazquez. C'est dans un atelier de l'artiste qu'il rencontre Nerval, l'homme terrible au centre de l'histoire. Le flou et le mystère flottent autour de ce nouveau venu. Le récit prend alors une tournure mystique... 
Très bien écrit, le roman est un peu un inclassable, à la limite de deux genres littéraires. Un récit intriguant à découvrir à partir de 13 ans. 

mercredi 25 septembre 2013

Mes rêves au grand galop

Mes rêves au grand galop
Didier Jean
Zad
Editions Rageot 
Collection Rageot Romans
Inès a 13 ans, elle vit à la campagne avec ses parents, dans une grande maison bioclimatique. Ses rêves se sont brisés le jour où un accident l'a paralysée, et si peu à peu elle reprend le dessus, elle demeure dure parfois un peu aigrie.
"Je sais, Inès, tu as beaucoup souffert. Depuis l'accident, tu es très courageuse. Tu veux tout réussir, être parfaite. Sauf que tu es chiante, Inès ! Parfaitement chiante ! Alors, s'il te plaît, lâche-toi un peu ! Et lâche-nous au passage..."
 Un jour, sa mère invite, pour une semaine, une de ses anciennes amies, son mari et son fils, Sébastien. Entre Sébastien et Inès, le courant ne va pas passer et leur rencontre va faire des étincelles, du moins au départ.
(Inès) _ Voilà deux heures que je te connais. Deux heures que tu joues les blasés, deux heures que tu râles. Tu as deux jambes valides toi, et tu n'es jamais content ! Quand tu veux on échange nos places !"
Au fil des jours, Sébastien va être intrigué par cette belle jeune fille, surtout qu'elle semble avoir un secret qu'elle ne souhaite pas voir divulgué : chaque matin aux aurores, elle quitte la maison, assise sur son fauteuil roulant, pour rejoindre un cheval.
C'est la couverture et le résumé qui m'ont donné envie de découvrir "Mes rêves au grand galop" et je n'ai pas été déçue, j'ai adoré ce roman où les auteurs parlent vrai et juste.
Dans ce récit à deux voix, nous entendons tour à tour celle d'Inès et celle de Sébastien, et nous allons les suivre au coeur de leur rencontre - explosive, et au fil du tissage des liens de leur amitié.
J'ai énormément aimé le style et le ton des auteurs et surtout les personnages qu'ils ont créés. Ce sont des personnages qui me ressemblent, je les ai trouvé proches de moi et de ceux qui m'entourent, c'est rare de se retrouver dans un roman, souvent les traits sont trop poussés, là j'ai été surprise du contraire.
Quant à l'histoire d’amitié, elle est belle et forte. Les auteurs mettent des mots sur les difficultés du quotidien et le ressenti d'une personne en fauteuil sans mièvrerie ni apitoiements mais avec réalisme.
"Je suis souvent en colère. Ça me tombe dessus, c'est plus fort que moi. Surtout quand je vois quelqu'un debout sur ses deux jambes, qui se plaint de sa condition ! Je trouve ça tellement injuste, ce qui m'est arrivé..."
Ce roman ouvre des portes et donne de l'espoir et pas seulement à Inès dont la vie en fauteuil s'améliore au fil des pages, grâce aux attentions de ses parents et de Sébastien mais aussi pour Sébastien qui s'épanouit et qui passe d'adolescent renfrogné scotché à son mp3 et son portable à un jeune homme passionné.

Et pour le plaisir, enfin le mien en tous cas, je finis par une citation un peu particulière...
"Quoi, les toilettes sèches ? Elles te dérangent ? Tu t'es déjà demandé où elle allait, ta merde ? Nous au moins, on s'en préoccupe ! Mais celle que tu as dans le cerveau t'empêche de le comprendre !"
Eh oui ! Dans ce récit, les solutions écologiques à mettre en oeuvre chez soi (petit éolien, solaire, toilettes sèches, isolation etc.) sont présentes et de façon simple, explicite et sans un arrière goût de moquerie comme je l'ai déjà lu dans d'autres romans. Bref, autant dire que même si ce n'est pas du tout le sujet du récit, cela rajoutait en crédibilité des personnages et même de manière générale, ce sont des choses toujours bonnes à rappeler ou à évoquer.

Enfin, il est bon de souligner que quelques jolies et délicates illustrations de Didier Garguilo sont présentes dans le livre, en début de chaque chapitre et changement de narrateur et quelques-unes en plus au fil des pages.
  

Alors un coup de coeur pour "Mes rêves au grand galop" de la première page à la dernière ! Un roman idéal pour les jeunes lecteurs de 10 à 15 ans.

samedi 8 juin 2013

Le nouveau de la 5e E

Le nouveau de la 5e E
Ekatérina Mourachova 
Traduction : Marina Berger
Editions Bayard Jeunesse
Collection Millézime
"Anton est en cinquième E, aussi surnommée "la classe de la dernière chance", qui n’accueille que des enfants en grande difficulté. Il y a Pavel, avec ses poings aussi gros que des têtes de bébés ; Marina, provocatrice et obsédée par ses boutons ; Stéphanie, qui ne parle jamais… Autant le dire : les professeurs de la cinquième E ne restent jamais longtemps, et personne n’emmène ses élèves en excursion. Jusqu’au jour où arrive Youri… Youri souffre depuis la naissance d’une infirmité motrice cérébrale et se déplace en fauteuil roulant. Lorsqu’il utilise ses béquilles, sa démarche maladroite déclenche les railleries. Mais, face aux moqueries, il a une drôle de réaction : il sourit. Parfois même il rit avec les moqueurs. Grâce à son humour et son autodérision, ses camarades, à son contact, commencent à prendre la vie du bon côté. Pourtant, tous s’interrogent : quel est son secret pour rester constamment optimiste ?"

C'est l'histoire d'une classe de grands paumés qu'il serait facile de juger, peut-être même que si on les croisait dans la rue, ils nous inquièteraient mais chez ces jeunes règnent une belle solidarité. Pas forcément de l'amitié entre tous, ils ont même tendance à se méfier les uns des autres, mais l'entre-aide, ça par contre ça compte pour eux. 
 Ce roman a une ambiance très particulière. J'ai adoré le début avec la présentation de la classe et des personnages, ainsi que l'arrivée de Youri. Mais à partir du moment où les élèves partent dans le pays des rêves qui se réalisent, c'est devenu un peu trop compliqué pour moi, peut-être trop philosophique (?). Pourtant c'est un livre intriguant, surprenant, que je vous conseille de découvrir. 
Les personnages sont atypiques, ce sont des anti-héros, des protagonistes de la vie réelle, proches de ce que nous sommes, imparfaits et aux multiples facettes. Il y a Anton, le narrateur, très vite on comprend qu'il est très intelligent mais qu'il cache une partie de sa personnalité. Je vous laisse découvrir laquelle. Youri est un garçon vif et gentil mais malheureusement handicapé. C'est par son arrivée que la classe se transforme et devient plus humaine. Et tous les autres élèves ont des problèmes soit de santé soit d'ordre familial. Le récit revient aussi sur les différences sociales, sur le regard de l'autre et le rejet.  Autre point abordé, l'enseignement. L'auteure revient sur la place des élèves en difficultés au sein des établissements scolaires. Elle nous dresse également quelques beaux portraits d'enseignants. 
Côté action, le roman se dévore d'une traite. Il est assez court, le style de l'auteur est très fluide et le passage d'un univers réaliste à un monde onirique rythme le récit. 
En bref, intéressant, mystérieux, ce roman sort des sentiers battus et m'a beaucoup plu. 
A noter qu'il s'agit d'une belle ouverture sur la littérature contemporaine russe et que le livre  "Le nouveau de la cinquième E" a obtenu plusieurs prix, dont celui du meilleur livre russe de fiction jeunesse en 2008. En 2010, Ekatérina Mourachova a été nominée pour le prix Astrid Lindgren.

Petite bio de l'auteure : "Ekatérina Mourachova est née à Leningrad en 1962. Diplômée de biologie et de psychologie, elle a participé à plusieurs expéditions qui l’ont amenée à voyager dans toute l’Union soviétique. Elle a travaillé au sein de l’Institut de médecine expérimentale de Leningrad en collaboration avec “Médecins du Monde” auprès d’enfants issus de familles en difficulté. Elle est aujourd’hui psychologue familiale et donne des cours à l’université de Saint-Pétersbourg."

jeudi 11 octobre 2012

Le jour où j'ai abandonné mes parents

Le jour où j'ai abandonné mes parents
Agnès de Lestrade
Editions Rouergue
Collection Dacodac
"KARLA-MADELEINE a hérité prénom impossible et de parents aussi différents que le jour et la nuit. Son père et sa mère passent leur temps à se chamailler... Alors, quand ils décident de partir en vacances tous les trois pour la première fois, elle compte bien en profiter ! Et dans les campings, tout peut arriver..."

J'aime énormément les histoires d'Agnès de Lestrade, elles sont de celles qui me touchent au coeur. Ici, l'auteur joue avec des personnages stéréotypés pour amener le lecteur à réfléchir sur les préjugés. Avec un père marxiste et facteur dans les quartiers bourgeois (ça vous rappelle sûrement quelqu'un...) et une mère cadre chez Total, la vie de famille n'est toujours calme pour Karla Madeleine. De plus, elle souffre de ne connaître aucun des autres membres de sa famille, ni grand-père ni grand-mère, ni oncle ni tante, ni cousin ni cousine, car ses parents ont rompu tous liens avec les familles des deux côtés. Ainsi tout le long du récit, les conflits familiaux sont abordés avec justesse et beaucoup de tendresse.

Seul bémol, je ne suis pas persuadée que les subtilités politiques soient compréhensibles par tous les jeunes lecteurs. Une lecture commune parents/enfants pourrait selon moi être la bienvenue pour ce roman et là justement les  finesses du récit seront particulièrement appréciées par le parent-lecteur.

 Pour un très joli moment de lecture à partir de 8/9 ans. 

"Mes parents ont un point commun en dehors de moi : le scrabble.  […]"Le scrabble, c'est notre Bible commune" dit ma mère. "Notre grand capital, oui !" dit mon père (le best-seller de Karl Marx, je précise !)"
"Mais ce sont surtout ses yeux qui ont attirés mon attention. Ses yeux, je les connaissais parfaitement... puisque j'ai les mêmes. "

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