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vendredi 21 mars 2014

Le fils des géants

Le fils des géants
Gaël Aymon 
Lucie Rioland
Editions Talents 
 Parce qu'il est trop petit, le roi et la reine d'une époque lointaine, abandonnent leur enfant en le déposant dans un dé à coudre qu'ils confient au courant d'une rivière. Ce sont deux géants, des pêcheurs, qui le trouvent dans leurs filets. 
L'enfant est en vie mais il manque de l'essentiel, il a besoin de force pour grandir, de mots pour nommer ses peurs, d'amour pour vivre. 
 Le temps passe et désormais c'est un jeune homme qui se tient aux côtés des deux géants. Ensemble tous les trois, ils vivent en paix. Mais un jour, le roi et la reine, surpris par un orage, vont se réfugier dans la grotte des géants. En reconnaissant le dé à coudre, au cou du jeune homme, ils comprennent qu'il s'agit de leur fils. 
N'ayant jamais eu d'autre enfant et donc n'ayant pas d'héritier, le roi et la reine supplient le prince de venir vivre au palais. Quel sera le choix du jeune homme ? 

Parfois, dans les albums que j'adore, les illustrations prennent une place plus importante que le texte dans mon coup de coeur. Là non, le récit est superbe, le texte remarquablement bien écrit, et les mots de l'auteur ont un fort pouvoir évocateur. De belles métaphores sur l'amour parental remplissent le coeur du lecteur de douceur.
"L'enfant regardait les géants avec terreur. 
_Cet enfant est trop perdu pour survivre, dit le second géant. Alors il lui donna tous ses mots pour qu'il puisse nommer ses peurs. Et les peurs s'envolèrent avec les mots." 
J'ai rarement lu un album où tout l'amour que ressentent des parents pour un enfant, mais aussi ce qu'ils font pour l'accompagner sur le chemin de la vie, pour l'aider à grandir, est exprimé de manière si touchante tout en restant subtile
L'histoire m'a également beaucoup plu pour son originalité. Ce sont des souverains qui abandonnent leur bébé et non pas des personnes pauvres. De même que la fin ne finit pas sur une rédemption des parents biologiques, le coeur aigri ils ont et garderont. 
"Nous sommes tes parents ! gronda la reine. Nous t'offrons une vie de roi ! Préfères-tu cette grotte puante et la compagnie de deux vieux misérables ?" 
Le jeune homme choisit sa vie simple mais entourée d'amour à un avenir luxueux mais dépourvu de l'essentiel. 
L'homosexualité n'est absolument pas le propos du livre mas je ne peux m'empêcher de penser au fait que ce sont deux vieux qui recueillent l'enfant et non pas un vieux et une vieille comme dans d'autres contes tels que Momotarô ou Shitakiri Suzume, et par les temps qui courent il est toujours bon de rappeler aux jeunes lecteurs que l'important pour élever un enfant, c'est l'amour qu'on lui donne et non pas le sexe des deux parents. 

Un mot tout de même sur les illustrations du livre car si le texte est magnifique, l'ouvrage s'appuie aussi sur de superbes dessins. Des peintures d'une grande finesse qui accompagnent à merveille l'histoire. La toute dernière planche est juste sublime. L’atmosphère apaisante qui baigne sur cette double-page correspond si bien à l'état d'esprit du jeune héros, je n'ai pas pu m'empêcher de pousser une exclamation en finissant ma lecture tellement j'étais sous le charme
Petit + perso : Je finirais en précisant qu'il s'agit d'un coup de coeur familial. Mon mari, qui n'est pourtant pas très bon public, a trouvé l'histoire très belle. Mes deux enfants, de 10 et 5 ans, l'ont déjà lu plusieurs fois. Le récit a suscité de nombreuses questions de la part du petit. 

A noter, l'album est soutenu par l'ONG Amnesty International

jeudi 27 juin 2013

Le livre de maman

Le livre de maman
Ingrid Chabbert
Cécile Bondon
Editions Des ronds dans l'O
Une petite fille observe sa maman, sur la table de chevet de celle-ci se trouve toujours le même livre. 
"Je sais qu'elle l'ouvre en cachette. Une fois, je l'ai surprise. J'ai vu ses yeux courir de haut en bas sur les mots. Je les ai vus se plisser, se fermer. Je m'en suis allée."
Il faut dire que cette femme vient d'un autre pays et que là-bas l'égalité fille-garçon n'existe pas.
"De là où elle vient, on n'apprend pas à lire aux petites filles."
Cette maman souhaite le meilleur pour sa fille, d'aimer les livres et d'avoir un bon emploi plus tard. "Un qui rapporte des sous et du respect. Celui qu'elle n'a jamais eu, elle."
Chaque soir, c'est la fillette qui lit des histoires à haute voix. Mais l'enfant ne s'arrête pas là et petit à petit, mois après mois, elle initie sa mère à la lecture. 
 Voici un bel album où les rôles sont certes inversés mais tout en simplicité, en douceur et surtout avec une grosse dose d'amour entre la mère et son enfant. Avec pudeur, l'auteure nous raconte le parcours de cette femme d'origine étrangère qui est illettrée. Un texteperlent émotion et tendresse, accompagné par des illustrations délicates, et qui nous parle avec justesse d'un sujet bien réel
L'album montrera aux jeunes lecteurs que l'on n'a pas tous la chance de vivre dans un pays égalitaire et que tous les enfants n'ont pas la possibilité d'aller à l'école et d'apprendre à lire. De quoi leur donner à réfléchir et ouvrir un dialogue. 
Ce très beau livre a été édité en partenariat avec Amnesty International "Un album sensible qui, au delà des liens et de la transmission, expose le rôle clé de l'accès à l'éducation. Un droit dont sont privés encore trop de personnes et pour lequel Amnesty International est amené à se mobiliser."

mercredi 6 février 2013

Le bus de Rosa

Le bus de Rosa
Fabrizio Silei
Maurizio A.C. Quarello
Editions Sarbacane - Amnesty International 
 
"Assise dans le bus, Rosa ne bougeait pas. Le conducteur a crié de nouveau : "Les Noirs doivent se lever pour laisser la place aux Blancs. Toi là-bas, lève-toi et laisse ta place au monsieur !"" 

Le récit commence de façon légère et humoristique.  L'enfant, le narrateur, ne sait pas où l'emmène son grand-père et se perd en suppositions. Il se pose aussi des questions sur la prostate de son grand-père car celui-ci a toujours envie de faire pipi ! C'est amusant pour le lecteur, presque surprenant de trouver ce style dans un album sur Rosa Parks. Mais au moins le ton de l'histoire est donné, racontée du point de vue de l'enfant qui parle de son grand-père vieillissant, cela sonne très juste. Et c'est justement par le côté réaliste que s'enchaîne la suite car le grand-père du garçon, se met à lui conter une histoire... vraie. Celle de sa jeunesse dans les années 50, en Alabama. Comment les noirs et les blancs étaient séparés pour toutes les choses, l'école, les toilettes publics et où tant d'endroits étaient réservés aux blancs. 

 Un livre qui monte en puissance, qui prend aux tripes, et qui bouleverse. Le grand-père raconte comment dans un bus, un soir, il a assisté à une scène historique, le 1er décembre 1955, jour où une femme noire, Rosa Parks, refusa de céder sa place de bus à un Blanc. Il explique aussi comment il a essayé de convaincre Rosa de se lever, et finalement n'a rien fait lorsqu'elle a été menottée et amenée par la police. 
C'est l'histoire de la résistance, de la soumission, de la peur des uns et du courage des autres. 
"Nous pensions qu'elle était folle et c'est nous tous qui étions fous, fous de toujours baisser la tête et de toujours dire oui."
"Ce qui avait compté, c'était de vaincre sa peur et d'avoir conscience d'agir pour une cause juste."
Par son geste, Rosa avait initié le début du combat contre la ségrégation raciale. L'égalité entre noirs et blancs était en marche. 
Ce magnifique album est à mettre entre les mains de tous les enfants de plus de 8 ans. Pour se rappeler qu'il fût un temps pas si lointain où des hommes étaient traités pires que des chiens car leurs peaux étaient de couleurs. 

Les illustrations ajoutent au côté poignant de l'album. En couleurs pour la vie d'aujourd'hui, elles sont en noirs et blancs lorsqu'il s'agit du passé. 

La fin du livre nous apaise, retour à la vie présente et à la belle relation entre ce grand-père qui ressasse sa lâcheté du temps passé et son petit-fils qui a sans doute grandit entre le début et la fin de ce qui lui a été relaté. 
Le dernier paragraphe souligne combien les temps ont changés, que l'espoir est là pour l'avenir, car ces Etats-Unis encore si racistes 50 ans plus tôt, ont pour président un homme noir... 


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