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jeudi 21 février 2019

Rois de cendres

Rois de cendres 
K. Ancrum
Editions Milan 

August et Jack n'ont jamais fait partie du même monde.
August est discret, alors que Jack est la star du lycée.
Pourtant, tous deux partagent bien des secrets, à commencer par leur amitié qui remonte à l'enfance.
Quand Jack semble envahi par des hallucinations inquiétantes, c'est le monde d'August qui s'effondre.
Il réagit alors de la seule façon qui lui semble envisageable : en plongeant dans la folie de Jack.

Perturbant ce roman ! En fait, je ne saurais dire si je l'ai aimé ou non mais une chose est sûre, c'est qu'une fois commencée, je ne l'ai pas lâché. C'est dire s'il est addictif. Par contre, le ton du récit est étrange. J'ai eu l'impression que toutes les relations décrites dans le livre étaient malsaines. Chaque relation comporte un côté obscur que ce soit une pression violente qui s'exerce ou de la manipulation, j'ai eu l'impression que chaque protagoniste influait de façon perverse sur les autres. Au lieu de faire ressortir le meilleur d'eux même, les interactions entre eux font ressortir le pire. Ensuite, j'ai peut-être aussi perturbée par le fait que cette amitié amoureuse de ces deux adolescents ne semble que néfaste alors que si ça avait été une fille et un garçon, est-ce qu'on aurait pu avoir le même livre ? Je ne dirais pas que le récit est homophobe puisqu'il finit par prôner l'amour pour tous mais toutefois je trouve qu'il joue un peu trop sur l'aspect non conventionnel d'un amour de jeunesse entre deux garçons. Si c'est un couple hétéro, est-ce qu'on ne se dirait pas "oh c'est trop mignon, un amour de jeunesse !" mais parce qu'ils sont du même sexe, ça devient quelque chose qui tourne mal ? Cette ambiguë est certainement ce qui m'a empêchée de totalement apprécier ma lecture. 
Après, c'est sans doute que ça démontre une réalité de notre société, la difficulté à pouvoir s'aimer librement, et que cette réalité là me rend profondément triste. 
Quant à la part fantastique du roman et à la montée crescendo de la folie non seulement de Jack mais également d'August, j'ai trouvé toute cette intrigue très bien ficelée même si elle retombe un peu d'un coup, comme un soufflet. 
Côté édition, plus la folie augmente plus les pages deviennent noires, cela crée une intensité qui tombe juste. 
Avec ses points sombres tels que la violence, la perversité, la revente de drogue, la folie, je conseillerai ce roman à partir de 13/14 ans, pas avant. 

mardi 2 février 2016

Janis est folle

Janis est folle
Olivier Ka
Editions du Rouergue
 
Titouan et sa mère Janis vivent depuis toujours en marge, se faisant héberger ici ou là, de ville en ville, de petits boulots en petits boulots. Seuls au monde tous les deux et s'adorant. Mais un jour, Janis met volontairement le feu aux deux-pièces qu'on leur prête et les voilà en cavale, dormant dans leur vieux Volvo break ou dans des campings paumés. Sans argent, ils braquent une pizzeria, puis une épicerie.
Jusqu'où l'irresponsabilité de Janis va-t-elle les mener ? Pourtant, Titouan a l'impression que sa mère l'emmène dans un lieu précis, le lieu de leurs origines... 

Le livre n'est pas à mettre entre les mains des plus jeunes. Il fait partie de la collection Doado noir donc forcément vous l'aurez compris on s'adresse aux adolescents (je frôle le génie là...), à partir de 14 ans minimum. Personnellement, je ressens plutôt cette collection comme des livres pour adultes... mais en mieux ! Sans la fioriture, la complaisance (cf le passage des parents de Fleur... si vous vous laissez tenter dans le roman, vous comprendrez), avec de la sexualité mais pas de scènes de sexe qui n'auraient rien à faire là. Dans Janis est folle, Olivier Ka montre bien l'absurdité de la vie de ses deux héros principaux et en même temps comment Titouan cherche à survivre intérieurement. Le jeune garçon est obligé de se conforter dans l'idée qu'il est heureux avec sa mère mais parfois quand les choses vont trop loin, le barrage lâche et il frôle peut-être une forme d'autisme en rentrant en lui-même. Car une chose est certaine, si sa mère semblait vouloir le protéger, au final, elle ne cesse de le mettre en danger (comme dans l'épisode de l'homme en peignoir ou du vol de jambon). La tension monte, la pression sur Titouan augmente en écho à la folie grandissante de Janis... ou peut-être est-ce juste parce que cela fait trop longtemps qu'ils jouent à ce jeu dangereux. Jusqu'au bout l'auteur nous fait tourner en rond, les bons deviennent les mauvais et inversement. Tout s'explique et le récit laisse d'abord un goût âpre pour finir comme dans une chanson mélancolique sur un vent d'apaisement et pourquoi pas d'espoir. 

mercredi 25 mars 2015

Complice(s)

Complice(s)
Eireann Corrigan
Editions Milan
Collection Macadam 

Leur plan : simuler un enlèvement.
Leur but : faire parler d'elles.

Chloé et Finn en sont convaincues : être intelligente, jolie et sportive ne suffit pas. Pour avancer dans la vie, il faut devenir quelqu'un.
Quel que soit le moyen, et à n'importe quel prix.

Leur plan est parfait.
Finn, la narratrice, est une attachante héroïne. Le lecteur ne peut pas s'empêcher d'avoir envie de la secouer et en même temps la plaint tellement. Devant perpétuellement mentir à ses proches, et à ceux de Chloé, afin de protéger le secret de leur simulacre d’enlèvement, la jeune fille est rongée par les remords. Par amitié, elle accepte tout, parce qu'elle est loyale, elle se plie aux pires exigences. 
Les personnages secondaires, et la description précise de chaque relation, sont également des points forts de ce roman. J'ai particulièrement apprécié Dean qui va se révéler celui qui sera le plus atteint par cette supercherie avant même Finn. 
Si on peut compter quelques longueurs au cours du livre, la fin est excellente. Durant tout le récit, j'ai été surprise par la tournure des événements, je m'attendais à ce que Chloé soit finalement véritablement enlevée ou assassinée, la conclusion n'a donc été que plus forte. 
L'amitié, la loyauté et la manipulation sont au centre de cette histoire, ces thèmes sont traités de façon à faire réfléchir les jeunes lecteurs. Le suspense et l'intrigue en font une lecture sous tension et pleine de surprises. A découvrir dès 13 ans. 

jeudi 28 mars 2013

Mauvaise connexion

Mauvaise connexion
Jo Witek
Editions Talents Hauts
 Je me suis inscrite sur un nouveau tchat. J'ai tapé Marilou. Je trouvais que ce pseudo correspondait bien à la fille que j'avais envie d'être. Plus sexy, plus délurée, plus effrontée aussi. Marilou, une autre moi-même. Une fille qui l'a tout de suite attiré. - Bonjour, Marilou. C'est joli comme prénom. T'as quel âge ? J'ai menti : Seize. Et toi ? - Vingt. Mentait-il lui aussi ? Je ne me suis pas vraiment posé la question, trop heureuse de partager ma tristesse nocturne avec un garçon. J'ai poursuivi. - Je viens de me disputer avec ma mère. Elle refuse que je fasse des photos de mode. - Elle doit être jalouse de ta beauté. - Merci. Je crois que tu as raison. - Je sais de quoi je parle, je suis photographe de mode. - C'est vrai ? - Oui, pour des défilés à Paris et des shooting magazines. On peut la voir quelque part ta jolie frimousse, Marilou ? Voilà. Ça a commencé comme ça."

J'ai été ravie de découvrir ce roman dont la couverture et le résumé me faisaient tant envie depuis sa sortie. J'avais tout de même un peu peur de quelque chose de trop trash, d'un récit trop dur. Heureusement, même si les faits sont difficiles pour la jeune fille, l'auteur, tout en disant les choses clairement, reste dans la pudeur.
Le résumé laisse deviner que la jeune fille va être victime d'un pédophile et c'est le cas. A 14 ans, Julie tombe amoureuse, via le net, d'un manipulateur. La tension monte, l'héroïne se retrouve piégée. Le récit montre et décrit à la fois comment le pervers arrive à prendre le contrôle et comment la jeune fille perd pied, ment aux autres et à elle-même. La fin de l'histoire est heureusement douce et pleine d'espoir, une fin nécessaire pour le public auquel le roman s'adresse.                
L'histoire est une crédible et indispensable mise en garde, destinée aux adolescents dès 13 ans. C'est vraiment le livre à faire lire à ses ados, filles et garçons, j'espère aussi que les médiathèques l'auront. Il est important, car ça n'arrive pas qu'aux autres, d'être vigilants et surtout d'offrir à nos jeunes des clefs de compréhensions de ce qui peut concrètement se passer. 
On a beau les alerter, le poids du roman avec l'attachement et l'identification à l'héroïne, prendra un sens plus réel dans l'esprit des adolescents qu'un simple discours des parents. Un roman à lire et à faire lire. 
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