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samedi 11 mai 2019

Long Way Down

Long Way Down
Jason Reynolds
Editions Milan
Règlement de compte dans la citée. Deux frères, un jeune adulte et un ado, vivent avec leur mère dans un appartement miteux. Lorsque le grand, Shawn, se fait descendre, le petit, Will, veut mettre en application les trois lois de son quartier "ne pas pleurer. ne pas balancer. se venger".
Convaincu de connaître le meurtrier, il attrape le flingue de son frère et prend l’ascenseur pour aller régler ses comptes...
Mais à chaque étage, il va rencontrer les fantômes de ses proches...

Tout le livre est fait de la même manière : des très court paragraphes qui sont imprimés au milieu d'une page entière. 
Les pages sont aussi toutes grisâtes car les fantômes remplissent la minuscule pièce de fumée de cigarettes. Cette mise en page rajoute donc une atmosphère pesante et rythmée (des phrases courtes et des blancs qui appuient certains mots). Will semble avoir le souffle court, comme s'il reprenait sa respiration à chaque ligne, saisit par l'angoisse qui monte en lui.
Le lecteur est plongé dans ses émotions, il apprend tout ce qu'il s'est passé pour ses proches, finalement il ne savait pas pourquoi avait été tué son père ni même son oncle, ou encore il revoit une voisine dont il était amoureux qui avait fini par être victime d'une balle perdue, et Will commence à se rendre compte petit à petit de l'absurdité des lois du quartier, à quel point la haine entraîne la haine.
Chaque étage prend une éternité. Will cogite, il trouve que l'ascenseur va trop lentement, plus il descend plus plus il ralentit car Will devra prendre une décision arrivé au point 0. Un point de non retour ou peut-être pas...

mercredi 31 janvier 2018

Rosie et Moussa : La Rencontre

Rosie et Moussa, tome 1 : La Rencontre 
Michael De Cock
Judith Vanistendael
Editions Bayard Jeunesse
Rosie déménage avec sa maman de l'autre côté de la ville : le bout du monde pour cette petite fille qui découvre un univers inconnu...
Ici, tout est différent : l'immense tour où elle va vivre semble infinie, les escaliers interminables, et le gardien déteste les enfants.
Heureusement, il y a Moussa, un garçon de son âge qui connaît l'immeuble comme sa poche.

Il y a une tendresse et une justesse dans ce récit qui m'ont beaucoup touchée et me l'ont fait aimer énormément. Pour une fois, les enfants font bien leur âge, ils parlent comme parleraient les jeunes lecteurs et ont des joies simples. 
Moussa est un gamin espiègle et sensible qui nous amuse. Il a un chat qu'il a appelé Titus et qu'il fait passer pour un chien. Rosie vient d'emménager, la tristesse pèse sur elle et un mystère plane autour de l'absence de son père (un divorce ? un décès ?). Une complicité vient vite s'installer entre ces deux nouveaux voisins. Un duo qui s'entend à merveille pour faire des découvertes, s'inventer des histoires, faire des bêtises mais également se rassurer.
«Dans le monde à l'envers, toi tu es noire et moi blanc» reprend Moussa.
Rosie ne s'est encore jamais demandé comment c'est d'être noire.
«et alors, dans la rue, c'est toi qu'on suivra du regard et pas moi, continue Moussa.
- Moi, je ne te suivrais jamais du regard dans la rue ! Il y a des gens qui font ça ? », demande Rosie.
«Ça arrive. Des fois je sens leur regard dans mon dos.
- Faut pas t'en faire, dit Rosie. D'ailleurs, ce que tu viens de raconter n'a pas de sens. Parce que, dans le monde à l'envers peu importe si tu es blanc ou noir, marron ou vert.»
L'écrivain belge Michael De Cock nous campe dans ce récit le portrait tout en finesse de deux enfants qui se rencontrent et apprennent à se connaître. Une amitié entre enfants qui fait fi des différences et réchauffe les coeurs. 
Le roman est richement illustré par les dessins de Judith Vanistendael; des illustrations tendres et pertinentes qui, je trouve, ont des familiarités avec celles du grand Quentin Blake. 
En mai, nous aurons le plaisir de les retrouver dans un second opus. 

édit : je viens de découvrir qu'il existe un film tiré du roman !!  




mercredi 19 mars 2014

C'est pas grave

C'est pas grave
Jo Hoestlandt 
Editions Milan 
Collection Macadam
 
Chloé a passé une très mauvaise journée, sa mère l'a traitée de "petite pute", son petit copain la plaque au beau milieu de la supérette du coin, et cerise sur le gâteau il l'a trompée avec sa meilleure amie. Mais c'est pas grave, Chloé est une winneuse, une revival, elle va rebondir et même si ça fait mal, c'est pas grave, non vraiment c'est pas grave... 

"Ça va !", même quand ça ne va pas, parce que ça va plus vite comme ça ! Et "pas grave !" même quand ça la tue, parce ça lui ferait mal de ployer, de céder, que les autres la voient trembler..."

"Parce que moi, quand je touche le fond, c'est bon ! Ça me donne un appui pour remonter ! Comme à la piscine ! Un coup de talon et zou, je refais surface et coucou, me revoilà !
Une revival ! Voilà ce que je suis !" 

La construction du récit est très originale. Chaque chapitre se construit sur un duo, "Je", "tu", "elle", "on", "nous", "vous", "ils", "elles", neuf parties où Chloé affronte sa mère, son père, son amoureux, sa copine, et même elle-même. Cette dernière dualité est marquée par le désir d'être une autre, sentiment d'autant plus fort que la jeune fille est à la charnière de l'adolescence et de l'âge adulte. Elle se rêve plus belle, plus riche, et surtout plus libre, icône inaccessible finalement, mais c'est surtout trop tôt... Petit à petit, quelques personnages s'orientent vers la compréhension et le renouveau, écoutée par grands-mère, enrichie par son prof, Chloé semble mûrir au fil des pages. De nombreux thèmes sensibles sont abordés, divorce, relation parents-enfants, premier amour, complicité avec les grands-parents, amitié, mais finalement l'auteure dépasse ces problématiques pour amener le lecteur plus loin. Le récit part sur un terrain que je n'avais pas du tout perçu au début et l'importance du milieu social où vit notre héroïne prend de plus en plus d'importance. A la fin du roman, Chloé va faire connaissance avec une jeune fille, une rencontre qui annonce un changement et aussi le retour à deux, et non plus toute seule face aux autres mais cette fois dans le positif, tout en restant elle-même, une adolescente à qui il reste encore beaucoup de chemin à faire. La boucle est bouclée, la vie continue... Un portrait sensible à découvrir dès 13 ans. 

D'autres chroniques chez MoodyMuti et ses livresSaefielCélineLOraah Books, Megworl

"Mais oui, je blague, un peu. Parce que je suis vieille, mon ange, alors les histoires d'amour me font toutes un peu rire, à mon âge. Mais je ne ris pas pour me moquer, oh non, au contraire ! Je ris parce que je suis heureuse qu'il y ait encore des histoires d'amour sur cette malheureuse Terre couturée de partout, où l'on s'entretue plus souvent qu'on ne s'embrasse. Comme tu as de la chance, ma puce..."

Actuellement, un concours sur le blog pour gagner 3 exemplaires de "C'est pas grave", ICI

mardi 4 février 2014

Lili Babylone

Lili Babylone
Claire Maugendre
Editions L'école des loisirs
Loubna, Lou, 15 ans, est issue d'une union mixte et a grandi en banlieue. Ses parents se sont séparés, sa mère, infirmière, passe plus de temps à l'hôpital que chez elle, et son père, infirmier humanitaire, parcourt le monde. Alors Lou et sa soeur Lili (Leïla) grandissent un peu toutes seules. Lili prend toute la place à la maison, elle est aussi impertinente que Lou est discrète.
"J'avais opté pour un silence prudent, et le dialogue intérieur, si l'on peut dire."
Notre narratrice, Lou, observe sa soeur avec forcément un peu de jalousie et d'envie.
"Lili, je l'avais su avant même de savoir marcher, habitait une planète très éloignée de la mienne."
Lorsque Lili se met à porter le voile,  leur mère s'y oppose et l'ambiance à la maison devient électrique.
"Quand les deux ennemis se trouvaient en présence, je rasais les murs, j'évitais les bombes. Je ne tiendrais pas longtemps comme ça."
Lou étouffe et finalement fait le mur. C'est ainsi qu'elle fait plus ample connaissance avec Bouba, un jeune du quartier. Grâce à lui, la jeune fille va enfin sortir de son cocon.
Lili Babylone est un roman qui m'a énormément plu. Ce premier roman de Claire Maugendre est maîtrisé, l'auteure touche à de nombreux sujets sensibles mais sans jamais se disperser. Loin des clichés, l'auteure nous fait suivre au plus près la vie d'une jeune fille de 15 ans en banlieue. Le lecteur n'est pas confronté à du misérabilisme, ni du voyeurisme ou de la violence, dans ce roman la banlieue n'a pas le côté négatif véhiculé habituellement. Il n'y a pas non plus de parti pris chez l'auteur, alors certes on peut sentir en filigrane ce qu'elle pense du port du voile mais en même temps elle donne les clefs de réflexion nécessaires à cette problématique. A travers Lou, l'auteur nous parle de mixité, de laïcité, d'immigration, c'est vraiment un récit qui ouvre la porte à la discussion. Il n'y a pas que ça, le lecteur suit le cheminement intérieur de Lou, les pensées de cette jeune fille mal dans sa peau et un peu déboussolée. Sa romance avec le jeune Bouba sonne très juste, surtout que le garçon est un personnage peu commun et qui devient rapidement attachant. De façon touchante, le lecteur la voit prise par des idées noires, puis finalement évoluer et trouver sa place.  
Un beau roman, à découvrir dès 12 ans. 

dimanche 11 mars 2012

Tout le monde veut voir la mer

 Tout le monde veut voir la mer
Auteur : Agnès de Lestrade
Illustratrice : Nathalie Choux 
Editions du Rouergue
Collection Zig-Zag

J'avais beaucoup aimé le petit roman Des vacances trop bizarres, dans lequel d'ailleurs, la narratrice Mira vivait au départ en banlieue et avait une meilleure amie Marika... la même que l'on retrouve dans "Tout le monde veut voir la mer" ? 
Marika, petite fille issu d'un mariage de métissage, vit heureuse au sein de sa joyeuse famille (un papa trop gentil qui n'aime pas crier parce que lui n'a pas eu la chance de grandir avec des parents, et des petits frères, des jumeaux qui adorent faire les clowns et une maman nostalgique de son pays, l'Algérie.) dans une cité. Comme beaucoup de français, cette famille est modeste, ils vivent sans faire d'écarts. Marika rêve d'équitation mais les cours sont trop chers, elle le sait et elle ne demande pas à ses parents de pouvoir pratiquer cette activité; son plaisir elle l'a en s'achetant chaque mois un magazine sur les chevaux. Alors lorsque sa meilleure copine Sofia insiste pour qu'elle l'accompagne à la sortie organisée par la Croix-Rouge, une journée à la mer, Marika fait la moue, elle n'a pas envie ! Elle, ce serait une journée d'équitation qui lui plairait et non pas une journée à la plage ! « C'est pas parce qu'on est pauvre qu'on veut forcément voir la mer ! » Dans le car, deux garçons turbulents, Tristan et Joan, s'en prennent à Christian, enfant petit et maigrichon. Mais arrivé à destination, une surprise les attends, Christian se relève être un excellent nageur et épate tout le monde. Le jeune garçon gagne ainsi l'admiration et l'affection de tous même de Joan. La journée se passe merveilleusement bien et le soir voit apparaître une deuxième surprise pour Marika, au détour d'une dune, un pur-sang arabe... 
J''ai encore une fois énormément aimé.
Les personnages d'Agnès de Lestrade sont très attachants, très crédible, je me sens proche d'eux.
 Vivre dans une famille modeste, limite pauvre, ça me parle beaucoup et j'aime la façon dont elle aborde ses sujets toute en finesse et sans aucun pathos.
J'aime aussi la façon dont elle a de toucher à de nombreux sujets sensibles, d'une ou deux phrases d'effleurer quelque chose d'important, juste ce qu'il faut pour distiller quelques belles idées à ses jeunes lecteurs. 
 "Parfois, la mairie plante des fleurs et le lendemain, pfft, elles ont disparu. Des vandales qui cassent tout, voilà comment on les appelle. En vérité, s'ils cueillent les fleurs, c'est pour les offrir à leurs mères. Parce que je les connais, moi, les jeunes. .... Non, les jeunes, ils sont comme vous et moi : ils aiment leurs mères et puis c'est tout."
La cité, le papa qui a grandit en foyer, la maman qui pleure parfois en pensant à son pays, le grand-père Algérien qui est mort en France en faisant la guerre, les fins de mois difficiles, le garçon souffre-douleur, ce roman aborde tous ces sujets importants. 
Mais pourtant un très joli livre doux et joyeux, rempli du plaisir des bonheurs simples, plein d'espoir et que l'on finit avec le sourire.
A lire à partir de 7-8 ans. 
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