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jeudi 19 mai 2016

Vies à la dérive


 Meurtris
Siobhan Parkinson
Editions L'école des loisirs
Une mère, on n’en a qu’une, pas vrai ? Même si elle picole toute la journée, même si elle oublie de vous acheter à manger, même s’il faut la tirer du lit le jour du versement des allocations chômage, il faut faire avec… Et Jono, du haut de ses quatorze ans, a toujours fait avec la sienne. Mais le soir où sa mère frappe sa petite soeur en pleine figure d’un coup tellement puissant que Julie valdingue à travers la pièce, Jono décide que c’en est trop.
Que peut-il faire ? Appeler la police ? Une assistante sociale débarquerait dans les trois heures et n’hésiterait pas à les séparer. Emmener Julie loin d’ici ? Mais pour aller où ? Jono n’en a pas la moindre idée, mais il sait qu’il est le seul à pouvoir protéger sa petite soeur.

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Comment s'en sortir avec une mère en vadrouille, un petit frère qui se prend pour un chien, une fouine pour voisine et sans un sou en poche ? 
Dave Cousins
Editions Bayard 
"Je ne peux dire à personne que Maman n'est plus là, même pas à Jay. Je ne lui fais pas confiance pour garder le secret. Je lui dirai qu'elle fait des heures supplémentaires au travail ou quelque chose comme ça. Jusqu'à son retour, il va falloir faire comme si de rien n'était, en racontant à tout le monde que Maman est encore là. Ça ne doit pas être si difficile que ça ?"

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Aujourd'hui, je rassemble deux livres présentant de nombreuses similitudes. 
2 romans. 2 mères dépendantes. 2 adolescents en souffrance. 2 petits à protéger. 1 volonté farouche de rester toujours ensemble.
Que ce soit Jono, le héros de Siobhan Parkinson ou Terrence celui de Dave Cousins, du haut de leurs 14 et 16 ans l'un et l'autre doivent protéger le plus petit de la fratrie d'une mère qui n'assume plus ses responsabilités. Le lecteur écoutera la voix mal-assurée de ces deux adolescents en souffrance. 
 Dans Meurtris, c'est la petite soeur qui prend le coup de trop, dans Comment s'en sortir..., c'est notre héros. Là où Jono choisira la fuite, chez Terrence c'est la mère qui s'en va et lui qui reste. Dans les deux cas, c'est l'amour fraternel et le désir d'une vie meilleure qui maintient les deux jeunes garçons hors de l'eau. Par crainte d'être séparés s'ils parlent, et placés dans une famille d'accueil ou un foyer différent, ces garçons choisissent de se taire. Ils s'inventent des vies qu'ils n'ont pas et subissent de plein fouet l'alcoolisme de leurs mères et l'absence de père. Même lorsque tout semble perdu - avec une lame de rasoir planquée pour peut-être s'évader pour de bon (Meurtris), avec une perruque sur la tête ou des cafards qui rôdent (Comment s'en sortir...) - les garçons gardent - presque - constamment courage et les récits sont souvent drôles et décalés. Deux romans sincères qui donnent également envie de découvrir les autres ouvrages des auteurs. Ils sont tous les deux à découvrir à partir de 12 ans. 

mercredi 27 novembre 2013

La double vie de Cassiel Roadnight

La double vie de Cassiel Roadnight
Jenny Valentine
Editions L'école des loisirs 
Collection Médium 
Chap a 16 ans, après avoir vécu de foyer en foyer entre l'âge de 10 et 14 ans, cela fait 2 ans qu'il vit dans la rue. Jusqu'au jour où, le personnel du nouveau centre pour jeunes désœuvrés dans lequel il vient d'arriver, le reconnait... ou du moins pense le reconnaître. Coïncidence étrange, Chap ressemble comme deux gouttes d'eau à un jeune garçon de son âge disparu deux ans auparavant, Cassiel Roadnight. En regardant les coupures de presse et les photos transmises par la famille de Cassiel au département des personnes disparues et à la police, Chap se met à rêver. Ah qu'est-ce qu'il aurait donné pour avoir la même enfance que ce gars-là ! Qu'est-ce qu'il donnerait pour avoir des êtres chers qui l'attendent quelque part. Et si tout ça était à portée de main ? Et si, en le prenant pour Cassiel, on lui donnait une chance d'avoir un avenir meilleur ? Alors Chap va le tenter, il va accepter d'endosser un rôle, de reprendre la vie de celui qui a disparu, de prendre sa place. Si au départ, tout lui semble idyllique, peut-être aurait-il dû réfléchir afin de se lancer tête baissée dans cette usurpation. Et si la vie de Cassiel n'était pas si heureuse ? Et si, il avait eu une bonne raison de fuir ? Et si le pire lui était arrivé ?...

La double vie de Cassiel Roadnight est un excellent roman, j'ai passé un très agréable moment de lecture. Il est assez rare d'avoir un bon thriller pour jeunes lecteurs et celui-là sait capter l'attention et intrigue. Nous sommes plongés dans les pensées du narrateur, grâce à ce dialogue intérieur nous sommes au plus près de ses émotions. Chap se pose de nombreuses questions concernant son identité et sur la famille au sens général. Toutes ces réflexions prennent un tour plus dramatiques à mesure que Chap s'installe dans la peau de Cassiel. 
"Je n'avais jamais voulu être moi. Mais être ce que l'on est n'est pas vraiment une question de choix. Tout le monde le sait.J'étais Cassiel Roadnight à la surface, mais en dessous j'étais un fou enfermé dans le grenier, un cinglé dans sa cellule, qui gémissait, hurlait, tapait à la porte et la griffait pour sortir."
Chap est un personnage attachant. C'est un garçon solitaire, qui jusqu'à l'âge de 10 ans, n'a connu comme compagnie que son grand-père. Ce dernier quotidiennement sous l'emprise de l'alcool, n'en a pas moins était un être aimant. Par des flash back nous retournons vers le passé du jeune garçon afin d'avoir un regard sur leur vies lorsqu'ils étaient ensemble. La relation entre ce vieil homme et cet enfant, malgré toutes ses failles, est émouvante et tendre. En comparaison, les autres personnages manquent un peu de dimension, de développement mais restent agréables à suivre.
Le livre offre de nombreux rebondissements ainsi que du suspense sans être effrayant
Le style est fluide, par contre le rythme est parfois rapide, surtout à la fin où tout s'enchaîne un peu trop viteIncapacité parentale, dépendance, recherche d'identité, secrets de famille, le récit confronte le lecteur a de nombreux sujets sensibles. Un roman court et prenant à conseiller aux 12-16 ans. 

Ce roman a reçu la Pépite du Roman Ado européen décerné par le Salon du livre et de la jeunesse de Montreuil 2013.

Un roman lu en parallèle avec ma complice de A l'ombre du Saule. Lecture qui d'ailleurs nous a valus de longues discutions sur certains points du roman... Je vous laisse découvrir sa chronique, ICI

mercredi 12 septembre 2012

Arsène

Arsène
Juliette Arnaud
Editions Flammarion
 L'histoire, qui s'écrit sur une période d'un an, commence alors que le narrateur, Georges, vient de faire sa rentrée en sixième et à qui les parents offre un beau cadeau, des jumelles, à cette occasion. 
Alors qu'il essaie d'observer les pigeons par la fenêtre de sa chambre, son regard est attiré par le bruit que fait une nouvelle locataire, une jeune femme d'une vingtaine d'année, en face de chez lui. Elle écoute de la musique à fond, elle chante très fort et elle jure aussi. Elle lui plaît beaucoup, alors désormais le gamin prendra l'habitude de l'épier et va essayer de se rapprocher d'elle. 
Georges est un personnage atypique, très petit, premier de la classe, myope, c'est un gamin très attachant, décalé et solitaire. Il s'intéresse plus aux adultes qu'aux enfants, mise à part Lita, sa voisine, fille de la concierge, qui a le même âge que lui, et est sa meilleure amie. "Salement asthmatique", elle n'est pas scolarisée. Ce personnage est souvent très drôle, surtout de part sa passion pour la médecine (elle ne rate pas un épisode de Docteur House ni un du Journal de la Santé.) Malgré leurs différences, les deux enfants auront des relations typiques des jeunes de leur âge, conflits, jalousie et réconciliations parsèmeront leur année. 
Le récit principal est ponctué par des passages narrés par d'autres personnages, certains même assez éloignés de la trame principale. Ces paragraphes permettent d'avoir une autre vision de l'enfant qu'est Georges, ils créent des respirations dans le récit, et relèvent ainsi l'intérêt du texte, qui n'est jamais ennuyeux. On retrouve les pensées de la prof de français, du prof de sport ( vous voyez M. Mégot dans Le Petit Spirou ? c'est un peu ça.^^), et du libraire Ali. (d'ailleurs, quel personnage !) 
Et enfin, il y a Arsène, une croqueuse de vie complètement paumée, qui au fil du récit plongera dans la dépendance. La relation entre la jeune femme et Georges est bien vue, crédible.  Georges, enfant solitaire apprécie d'être avec elle car elle est l'inverse de lui. Lui, que personne ne remarque, est complètement fasciné par cette bombe impétueuse. Mais au départ, pour Arsène, il est juste "le môme", le gamin qui sort son chien. Mais cette relation va se transformer au fil du récit et Georges va réussir à l'attendrir et pour finir par compter beaucoup pour elle. 
Un excellent premier roman, drôle et émouvant, un récit parfois rayonnant, parfois sombre, qui décrit avec pudeur des personnages profondément humains, souvent en décalage avec la société. A lire à partir de 12 ans.
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